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Désormais, on comprend mieux les raisons de la création de cette ville dans la partie méridionale du Mélantois, au centre d’un lieu assurant le passage entre les vallées de la Deûle et de la Marque.

Abrité des vents dominants et orienté au sud, l’emplacement a toujours bénéficié de conditions naturelles favorables. C’est ainsi qu’il y a environ 100.000 ans, au Paléolithique moyen, alors que la baisse des températures annonce le début de la dernière période glaciaire, des groupes de chasseurs (vraisemblablement des Néandertaliens) font halte sur le territoire de la future Seclin. Ils font étape au bord d’un affluent de la Deûle et taillent leurs outils et leurs armes dans le silex, particulièrement des lames grâce à des techniques diffusées bien plus tard dans toute l’Europe.

 

Les modifications climatiques de la dernière glaciation ont contraint les hommes à rechercher des conditions plus clémentes dans le sud de l’Europe. Ce n’est qu’à la fin du Paléolithique supérieur qu’ils reviennent pour chasser dans la vallée de la Deûle. L’abondance du gibier et la richesse du milieu les y attirent au Mésolithique, mais on ne retrouve véritablement leur trace à Seclin qu’à la fin du Néolithique, il y a un peu moins de 4.200 ans. A cette époque, un groupe d’agriculteurs a choisi d’exploiter les alluvions fertiles de la vallée. Plus tard, à la fin de l’âge du Bronze, une maison circulaire à ossature de bois et parois de torchis est construite au nord sur le plateau au niveau de l’actuel parc d’activités Unexpo.

 

Les Gaulois ont laissé de nombreux témoignages de leur présence sur le territoire dela commune. Ils exploitent les ressources naturelles des marais et élèvent des chevaux en bordure du plateau au nord de la commune. Dès le premier siècle de notre ère, un vaste établissement agricole placé sous le contrôle de l’armée romaine est édifié sur le point culminant de la commune près du Fort de Seclin. Il assure le regroupement des productions céréalières pour l’approvisionnement des troupes. La campagne environnante est organisée selon un parcellaire régulier, régissant l’étendue des exploitations et des propriétés. Seclin est alors un vicus, où une population rurale se rassemble pour le commerce, en bordure de la voie d’Arras à Tournai qui favorisa les échanges entre les deux chefs-lieux de cités gallo-romaines, mais facilita aussi les invasions.

 

La présence de colons germaniques vers la fin du IVe s. de notre ère sur les ruines des domaines gallo-romains n’a donc rien d’étonnant. Ils précèdent de peu les premiers habitats mérovingiens installés dans le quartier de Burgault et dans le centre de la ville près d’un premier édifice de culte construit par Eloi vers 650, à l’emplacement de la tombe d’un martyr chrétien : saint Piat.

Dès la fin de l’époque carolingienne, un collège de chanoines organise la vénération des reliques qui assureront à la ville une grande partie de sa prospérité durant le Moyen-Age. A partir du XIe s. et plus certainement au XIIIe s., un véritable quartier canonial est édifié autour de l’église collégiale sur le modèle des quartiers épiscopaux. Il comprend un cloître, une salle capitulaire, une bibliothèque, une école, une brasserie et des habitations réservées aux chanoines. Son importance est telle à Seclin qu’il conditionne le développement et l’évolution de tout le centre urbain. Les chanoines ont d’ailleurs dans leurs possessions jusqu’au XVIe s. la seigneurie de Seclin et les droits de justice sur la ville. C’est probablement pour compenser ce pouvoir que la comtesse Marguerite de Flandre en 1246 fonde l’hôpital Notre-Dame à Seclin. L’histoire de cette institution est étroitement liée à celle de la ville, de son marais et à celle des luttes incessantes pour le contrôle de l’un des comtés les plus riches et les plus convoités de l’Europe septentrionale : le comté de Flandre. Au XVIe s., la vente de la seigneurie de Seclin par les chanoines à Guislain de Haynin, le premier représentant de la dynastie des seigneurs du Breucq, illustre la séparation des pouvoirs civils et religieux. Les de Haynin protégeront au moins pour un temps les gens de Seclin, dont l’échevinage prendra de plus en plus d’autonomie. C’est aussi à cette époque de troubles religieux que les Seclinois repoussent les “Gueux” venus de Tournai et de Menin dans les marais de Seclin.

Comme dans tout le reste du pays, “l’hérésie” est mise au bûcher. La délation et les règlements de compte engendrent de nombreux procès, en particulier sous l’accusation de sorcellerie, conduits par l’Inquisition.

Au XVIIe s., la reconquête des campagnes grâce à de nouveaux défrichements et d’une manière générale l’intensification de l’activité agricole créera d’autres richesses et engendrera aussi de nouveaux conflits.

Le XVIIIe s. et la Révolution mettront un terme à l’Ancien Régime et à la légitimité de l’antériorité des idées et des conceptions. La filature de coton Lefebvre-Bourghelle fondée en 1799 est certainement l’un des premiers signes d’une industrialisation naissante dans la métropole lilloise.

Dès 1801, l’installation de la première machine à vapeur actionnant des “mécaniques à tisser” montre comment Seclin participe d’une manière importante à la Révolution industrielle. Les filatures, les tanneries, les brasseries, les distilleries, s’installent et développent sur de grandes échelles, grâce à la mécanisation, d’anciens processus artisanaux. Pour répondre à la demande engendrée par cet essor industriel et commercial, la ligne de la compagnie des chemins de fer du Nord reliant Paris à Lille traverse Seclin en 1846 et, dix ans plus tard, le Conseil général du Nord décide de creuser le canal de Seclin. Le canal de Seclin est creusé à l’initiative d’industriels seclinois regroupés en Société du Canal de Seclin. L’Etat reprendra en charge le canal dès 1873 et terminera les travaux d’aménagement.

Les deux derniers conflits mondiaux n’ont pas épargné le territoire de la commune. Mais l’effort de reconstruction a été important surtout après 1950. Dès le début des années 1960, la première zone industrielle de la métropole lilloise et vraisemblablement l’une des premières du Nord de la France est construite à Seclin. Son plan rationnel (parcellarisation, importance des dessertes et des accès routiers, plantations,...), qui contraste avec l’insalubrité des anciennes fabriques édifiées au centre des villes, sera repris et adapté dans toute la région. Ce rapide survol de 100.000 ans d’histoire montre l’importance du patrimoine archéologique et historique de Seclin et souligne la nécessité et le bien-fondé des recherches entreprises grâce à la municipalité depuis plus de vingt ans.

Karl Bouche, Conservateur du Patrimoine

 

 

 

 
 

 

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